6 – L’amour y fleurit quand même…..

Bonjour à tous amis suiveurs

« Il faut passer sous la voie de chemin de fer et tourner à droite, vous verrez c’est un grand bâtiment de briques rouges » nous dit l’agent du rail allemand. Nous y sommes ! L’officier de police qui nous reçoit est de type asiatique, souriant, affable, Truong est son nom indiqué sur sa plaque. Nous lui expliquons, l’attente à la gare, l’achat des billets, la minute d’inattention , le vol de mon vélo. Je suis nu. Christine m’habille de réconfort, même si elle n’en pense pas moins, que c’était une bêtise qu’aucun d’entre nous ne soit resté veiller sur les vélos comme on le fait d’habitude. Nous portons plainte, tout a disparu. Le vélo, le matériel de camping, la tente, les vêtements, le téléphone, le passeport, la tablette, tout.  « Aucune chance de le retrouver, à Göttingen les vols de vélos sont innombrables » nous rassure l’officier Truong. Le choc est sévère. Nous sillonnons les fourrés, les bosquets d’arbres sans succès à la recherche improbable des bagages abandonnés. Nous nous abritons dans un café, nous réfléchissons à l’avenir. À la fin de cet article nous vous dirons la suite que nous donnons au voyage qui change de rivages.

C’est ainsi qu’en 1964, le chantait Barbara en hommage à l’amitié Franco-Allemande. «  Du plus loin qu’il m’en souvienne, l’amour y fleurie quand même à Gottingen ». Bon ! il faut bien admettre que certains pardonnent plus vite que d’autres.


Voici ce que nous avions vu et écrit les jours précédents l’envolée du vélo.

C’est la première fois que nous dormons sous un pont d’auroroute. Le canoé-club de Bad Hersfeld où nous avons trouvé un emplacement est suréquipé, mais il  présente le désavantage d’être au confluent des routes du nord et du sud de l’Allemagne. Infernal. Le monde entier est en mouvement, le monde entier se presse sur la route de notre sommeil. Deux autres campeurs « se reposent » sous l’autoroute de leurs vacances, je me demande ce qu’ils en pensent.

C’est une petite maison au bord d’un ruisseau. Une cabane, un abri de fantaisie, une gloriette un peu folle, une cahute compliquée, rien n’y est parfait, tout y est désirable, le fond de l’air est son décor.

Nous sommes un dimanche de mai et comme il n’y a rien à visiter à Fulda, Seigneur! il nous faut bien aller à l’église. Nous commençons par la cathédrale, grand théâtre baroque qui lève son rideau sur une religion d’extase. Les saints en habits d’opérette, les lumières reflétées d’or, la souffrance et la mort exposées comme un trésor, tout en hauteur, inaccessibles et les voutes pliées sous le poids des lourds péchés. C’est un parc d’attraction biblique pour croyants en goguette, une fête foraine pour statues endimanchées, avec leurs grands airs, et leurs grands vides. Et puis les ogives romanes, démesurées et les tristes bas reliefs, même les gisants en pleurent. Nous quittons cette vilaine distraction pour la prière et traversons l’esplanade ensoleillée. À la lueur des bougies, souvent, être athée me réjouit.

Construite en 819 pour abriter les tombes des moines de Fulda, la crypte de cette église est encore intacte, elle a survécu aux ravages des hommes, son étonnant clocher pointu qui nargue la lune date du XVII siécle.

Sur les hauteurs du jardin se dresse fièrement la plus vielle église d’Allemagne. Voilà 1 200 ans que les hommes y trouvent refuge, que leurs prières sont exhaussées, que les colonnes protègent les âmes sans reliquaire ni maître-hôtel. On y pratique la prière au fronton, on y éprouve sa volonté de granite, on y cherche une voix, on y trouve une fontaine qui rafraîchie le fardeau des jours, le décor est de niches et de pierres roses, un culte à la simplicité. À la lueur d’une bougie, parfois, être athée me contrarie. 

Ce que m’a dit le vent d’est…

Trois jours durant, un vent d’est nous a poussés et nous a rafraîchis au gré des méandres de la Tauber, du Main ou de la Fulda

Le vent agite les idées dans la tête des hommes (proverbe d’Afrique de l’ouest) et a fait remonter des souvenirs, alors je musardais derrière nos deux flèches savoyardes. Il y a trente cinq ans, alors que je pédalais dans cette même région, on pouvait aller jusqu’à la frontière avec l’Allemagne de l’est et regarder depuis une hauteur. Quelques mois plus tard, le mur s’ouvrait et le souffle de l’est poussait des familles entières entassées dans des « Trabant » ( voiture produites à l’est ), quittant leur pays de crainte que la frontière ne se referme et fuyant une dictature idéologique. Le vent d’est d’aujourd’hui me tient un autre discours : il parle de nos trois très grands voisins à l’est qui ont remplacé idéologies par nationalismes… Plaie de l’humanité particulièrement dangereuse quand utilisée pour maintenir un régime autoritaire… Mais nous n’en sommes pas immunisés : la vision des forêts de drapeaux français agités dans les meetings de nos partis est là pour nous rappeler notre fragilité et nous incite à l’humilité.

Laurent 

Cette nuit, j’ai rêvé que j’étais un super héros aux pouvoirs incommensurables. Un vrai cinéma dans la tête. La ville de Göttingen est dévastée. Sur la place de la Gasthaus, les habitants en pyjama – j’vous raconte pas le décor – viennent me remettre le vélo retrouvé, comme un trophée à un Dieu. Vive les rêves ! Euphorique, je me réveille en sueur. Nous sommes sauvés, le voyage peut continuer. Euh ! La réalité est un peu différente. Nous avons passé la nuit dans un Airbnb dans le quartier de la gare de Hanovre, pas trop charmant le quartier et la ville est encore debout. Pour le petit déjeuner je cherche les dosettes de café et l’ Opinel de voyage. Ils sont innombrables ces petits riens qui font le confort du voyageur qui ont disparus aussi. On s’ennuie, alors on fait les comptes. Le budget nécessaire au remplacement de ma maison roulante est démesuré. Adieu l’Islande, ses eaux chaudes et ses cascades. Adieu les icebergs et les baleines, adieu les macareux, les nuits froides et les soleils de minuit. Adieu le ferry, les matelots et les bonheurs du pont. Nous décidons – sans besoin de dire notre abattement – de retourner à la maison, de reprendre un autre vélo et d’autres équipements disponibles. Le temps aussi de faire quelques démarches administratives. Nous ne connaissons pas encore notre destination. Nous improviserons. Nous vous dirons…

Nous prenons le train pour Zurich et puis Bern (notre drapeau de voyage y est déjà). Didier un ami cycliste baroudeur nous accueillera chez lui tard ce soir. Laurent prend aussi un train direction Paris en pointillé.

Ce blog « vers d’autres rivages » prend fin maintenant. Nous vous saluons tous amicalement et vous remercions de votre fidélité et de vos encouragements.

On vous embrasse, Christine et Dominique.