Bonjour à Tous
Nous vous écrivons de Sigmaringen, une petite ville baignée par le Danube. Nous avons un peu changé notre itinéraire. Les alpes bavaroises ont effrayé Laurent, un ami qui nous a rejoint. Nous irons jusqu’à ULM. Là nous reprendrons notre itinéraire vers Hamburg. Nous espérons que vous allez tous bien sous le soleil qui nous manque.


Le programme des 2 prochaines semaines:
1 585 Kms dont 11 200 m de grimpette



C’est par un petit pont dérobé que nous entrons en Allemagne. Le monde semble vaste, aucune formalité, seule la langue change. À la frontière, on nous rappelle la triste histoire des peuples querelleurs. Personne n’échappait à l’embrigadement. Il y avait des tirailleurs marocains, des chasseurs d’Afrique, des zouaves portés et mêmes des génies par bataillons. Le monde n’a pas beaucoup changé !

L’amitié
C’est une chasse au trésor, Écrite sur un livre d’or. À chaque page que l’on tourne on y trouve un bon copain. Aujourd’hui à Mulhouse nous avons retrouvé Laurent. Laurent c’est un vieux copain, un copain plus, plus, robuste, fidèle, inoxydable comme l’acier qu’il aime manipuler. Il partagera quelques étapes de notre montée vers le nord de l’Allemagne. Laurent est un homme posé, un chercheur. Je n’ai jamais compris ce qu’il cherchait. Son travail – au centre de recherche universitaire d’Orsay – consistait à lancer quelques poignées d’électrons dans un grand tube en métal, de vite refermer le tube géant (qu’il appelle synchrotron) et d’observer les lumières émises par les bébêtes invisibles lâchées à vive allure – presque à la vitesse de la lumière -. Nous verrons plus tard que Laurent ne roule pas aussi vite qu’un électron libre. Une autre de ses activités fatales – pour les cancres de la science comme moi- consistait à construire une machine infernale destinée à emprisonner des molécules éphémères dans des blocs de glace ( zéro absolu – 273°) afin d’en observer les structures. Et tout ça pour quoi faire vous demandez vous ? Ça personne ne le sait ! Dans la réponse il est vaguement question d’infra rouge, de direction lumineuse et de réchauffement climatique mais on est sûr de rien et je n’ai pas tout compris. La science est faite de ces petits riens, de ces incompréhensions qui une fois assemblés permettent des prouesses.







Par un ciel très sombre et bas, sans lumière nous visitons Freiburg, les photos sans reliefs sont impubliables. Le cœur de cette petite ville est sillonnée par un réseau de tramway mis en service en 1901. Les rames sont étroites et n’ont pas plus de deux voitures mais leur fréquence est élevée et forme un ballet incessant dans les rues piétonnes. La promenade est agréable.

Sur la route…



La préhistoire vous connaissez? Laurent la connaît. Il est le seul randonneur vélo au monde à transporter un bidon de fuel pour remplir son réchaud à pétrole. Pour allumer ledit réchaud il faut pomper, pomper, pomper encore pour créer un mélange inflammable (air + essence) dans un réservoir intermédiaire. Par grand froid comme ce matin c’est difficile. Certes l’appareil fini par produire une flamme efficace. On y brûle sa patience plutôt qu’on y chauffe son café. Mais l’amitié se réchauffe au partage d’un bon café.



Le ciel est noir, la terre aussi, la forêt que nous traversons est sombre presque noire. Pierre Soulage n’est pas loin.

Laurent a les genoux qui enflent qui s’enflamment sous l’effort, un peu rouillés sur les bords comme le cadre de son vélo. Son pignon arrière est en bonne santé, alors sa seule préoccupation c’est la roue libre. Et libres nous le sommes de pédaler dans la douceur des paysages .





Un peu de géographie
La source du Danube. Le fleuve ( pas très bleu aujourd’hui) traverse l’Allemagne, puis 9 pays européens avant de se jeter dans la mer noire, en Roumanie et en Ukraine. Il s’étire sur 2 852 KMS. Jadis il délimitait au nord, l’emprise de l’empire Romain.




Un Retraité que la longueur des journées ennuyait, a construit pour le plaisir des voyageurs, un village miniature tel qu’il existait au début du siècle dernier.

Sur la route…









Au bord du Danube…

Une amicale pensée à vous tous qui nous suivez.





Château de Sigmaringen :

Un peu d’histoire
« Vous vous diriez en opérette… le décor parfait… la ville, si jolie, fignolée, rose, verte, un peu bonbon, demi-pistache… le plus bluffant : le Château !… la pièce comme montée de la ville » Ainsi s’exprimait Louis Ferdinand Céline à propos de Sigmaringen en novembre 1944. Il venait de rejoindre le gouvernement français exilé à Sigmaringen sur ordre d’Hitler en août 44. Sigmaringen où le crépuscule de Vichy. Alors que les alliés se rapprochent de Paris, Hitler ordonne le transfert du chef de l’état – Philippe Pétain – et des autorités du régime de Vichy au château de Sigmaringen. Le Maréchal qui déclarait que « le devoir du gouvernement est, quoi qu’il arrive, de rester dans le pays » arrive le 8 septembre avec son épouse au château. S’estimant prisonnier, il refuse de légitimer la Commission gouvernementale qui assure, depuis le 6 septembre, les responsabilités d’un gouvernement en exil. Pierre Laval arrive le lendemain dans cette forteresse, propriété de 400 pièces des princes de Hohenzollern. Fin septembre, des milliers de miliciens, d’intellectuels collabos, se réfugient, avec femmes et enfants, dans la petite ville jusque-là tranquille de Sigmaringen. À la fin de la guerre Pétain est jugé et envoyé à la prison de l’île d’Yeu où il termine sa vie dédiées aux sévices de la France.


Notes de voyage

Tschüss
Christine et Dominique
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